Des bretelles pour elle et lui

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Elles sont un accessoire indétrônable de la mode féminine et masculine. En régnant sur “le tomber du pantalon” depuis des générations d’élégantes et d’élégants.

Par Pierre-Jean Bassenterre

D’un passe-partout faire le plus discret des accessoires d’apparat ? La bretelle est une énigme vestimentaire. Toutes les cultures l’ont inventée avec leurs trucs, des confins désertiques de Gobie aux sols gelés de l’Alaska, même sous les vents chauds de Polynésie. Et jusqu’à la  : quand le 20 juillet 1969 Neil Armstrong descend l’échelle de coupée du Module Apollo 1

1 pour faire quelques pas, il porte des bretelles sous sa combinaison-caisson-scaphandre sponsorisée par la Nasa. De quel faiseur, ces bretelles entrées dans l’Histoire de l’Humanité ? Secret Défense.

 

C’est bien l’ennui quand il s’agit de parler bretelles. Il y a ceux qui les arborent, il y a ceux qui les dissimulent. Bien sûr, Wall Street – le film et son impitoyable description en 1987 des carnages boursiers – a rangé la paire de bretelles voyantes, larges comme une part de pizza à New York, dans la catégorie “m’as-tu-vu”, ostentatoire voire vulgaire une fois tombée la veste. Bref, gradée mais non grata : c’est toute l’histoire de la bretelle, cachée pour être utile, discrète pour simplifier l’habillement, doucement essentielle pour le confort. Et vite ringarde quand elle tape à l’œil. Et puis la revoilà témoin apparemment futile mais essentielle sur les épaules de Charles Aznavour ou de Winston Churchill. Mais aussi, en 2018, sur les épaules de plus en plus de femmes.

Le music-hall et le cinéma des années 1930 ont révélé la bretelle sur le corps des “girls” et des “stars”. Il faut dire que le pantalon avait changé de vestiaire. Après les éphémères “garçonnes”, Mistinguett en fait l’article. Au point que, dans les merceries, on ne disait plus “bretelles” mais “mistinguettes”. Outre-Atlantique, de la Côte Est à Hollywood, le physique élancé de Katharine Hepburn au bras de son amoureux Spencer Tracy ne cachait rien des bretelles qu’elle et lui portaient. Et s’échangeaient parfois.

 

80 ans plus tard, rien n’a vraiment changé. Dans la rue comme sur les scènes de spectacle, la bretelle continue de prouver toute son élasticité et sa plasticité dans la mode masculine comme féminine. En 2018, les femmes s’intéressent donc aux bretelles pour les mêmes raisons que les générations qui les ont précédées : le confort et le simple fait que, contrairement à la ceinture, la bretelle accrochée sur un pantalon “ne marque pas la taille”. Et favorise ce que le créateur Jean-Paul Gaultier nomme avec une impeccable précision “le joli tomber du pantalon”. Gaultier qui, depuis des années, ne cache pas son goût pour “l’esthétique pratique” de ce que les New-Yorkaises nomment simplement des “suspenders”, imagine des bretelles pour elle et des bret’ils pour lui. Inutile de chercher qui porte le pantalon. C’est tout le monde.

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