Photo-graphismes

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Les surprenants écrins de Suzanne Saroff

La transparence de l’eau est au cœur de la créativité de cette jeune photographe new-yorkaise qui a choisi de révéler les clartés et les ombres des… fruits et des légumes dans des récipients de verre. Un travail faussement simple.

Par Bruno Lanvern

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Son métier ? On pourrait dire… imageuse. Le travail photographique de Suzanne Saroff est tellement inédit et personnel qu’il faut bien inventer un mot pour définir les créations de cette directrice artistique new-yorkaise. Cette jeune femme d’à peine 25 ans est née à Missoula (Montana), pays d’air éclatant et de rivières faussement tranquilles dans l’Ouest américain. Son goût des lumières claires – « qui vient peut-être de là-bas », dit-elle – invente des atmosphères. Ainsi sa production de photographies consacrées aux… fruits et légumes. Spectaculaire de pureté cristalline. Pour révéler « l’âme des aliments », comme elle dit, Suzanne Saroff les plonge dans des vases, des coupes, des vases, tout récipient en verre qu’elle remplit d’eau pour jouer avec les clartés et les ombres. La transparence devient un écrin non pas pour des natures mortes, mais pour des univers vivants aux facettes changeantes. Et aux formes limpides. Modernes. Comme de mini-architectures.

De passage à Paris, à la fin du printemps, elle racontait son travail avec des mots simples qui coulent comme… de l’eau de source : « J’ai toujours aimé prendre le temps de regarder les choses de la vie qui sont des morceaux dans la mosaïque du réel. Il y a ceux qui considèrent cette approche ou cette démarche comme trop conceptuelle voire intellectuelle. Mais la vie est animale, végétale, minérale et il y a autant d’angles pour l’observer que de mots pour la définir. Alors, non, insiste-t-elle, je ne suis pas calée dans un concept. À moins que la curiosité pour ce qui nous entoure ou pour ce qui se passe tous les jours devant nos yeux soit un concept ! »

À prendre le temps de tout bien regarder en oubliant la précipitation – selon le conseil de Suzanne Saroff –, on s’aperçoit que rien n’est lisse dans cette réalité exposée sans être exhibée. « Ce n’est pas du maquillage, dit-elle, même s’il y a un temps de préparation. Ces “Perspectives” (le nom de cette série) mettent en avant l’âme, l’essentiel, le cœur. » Pour montrer comme des pépites les pépins d’un fruit ou d’un légume ? La fille du Montana répond du tac au tac : « Trouver des pépites cela demande de la patience ou de la chance ; souvent aussi les deux. À moins que la chance ne soit le fruit de la patience. »

L’un de ses sujets en cours concerne… les poissons. Pas question de les photographier dans un bocal ou un aquarium. « Avec des outils et des techniques telles que le reflet, la lumière directionnelle et les couleurs, mes photographies donnent aux objets ou aux aliments de tous les jours des alternatives d’expression visuelle, résume l’imageuse. Mes sujets se révèlent autrement, parfois singulièrement dans les ombres et les éclats. » D’autres « Perspectives » viendront, comme un travail qui pourrait utiliser un écran blanc pour support. « C’est une autre histoire », lance Suzanne Saroff avant de repartir pour New York où elle réalise aussi des travaux de production pour de grandes marques. À propos, et les fameuses lumières de New York, comment les voit-elle ? Sa réponse, dans un sourire : « Comme les projecteurs d’éclairage que j’utilise en studio. Impossible de s’en passer. »

(*) Instagram @Hisuzanne

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